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Les Chemins de Guérison

Dessin d'un homme à la croisée des chemins
  • 18 Novembre 2014
  • Sylvie Roche

Guérison… un peu d'Histoire

Dans la Grèce antique, on conseillait aux malades de "rêver" leur maladie.
Ils se rendaient pour cela au temple du dieu Asclépios (Esculape) et y dormaient pendant quelques nuits, couchés à même la terre. Ils recevaient en rêve des conseils du dieu voire parfois ses soins qui leur permettaient souvent de repartir guéris. La maladie et la guérison relevaient alors du surnaturel.

Pendant ce temps, les grands philosophes et chercheurs grecs tentaient de rationnaliser la médecine, en s'appuyant sur des données plus anciennes venant d'Egypte et sur leurs observations cliniques. Leurs découvertes ont engendré la médecine moderne… alors que les méthodes de soin qu'on pourrait juger "surnaturelles" ont survécu et sont aujourd'hui investiguées de plus en plus activement.

Maladie et Guérison : des Sens Multiples

De fait, la maladie revêt des sens très différents encore aujourd'hui selon les cultures ou les croyances de chacun :
- un non-dit ?
- un dysfonctionnement physique ?
- une épreuve pour grandir ?
- une punition ?
- l'expression d'une culpabilité ?
- Un mal de société ?
- un appel des esprits ?
- la manifestation d'un mauvais sort ?
- l'expression d'un déséquilibre ?

Mais peu de médecins se préoccupent du sens que prend une maladie pour un patient. Ce sens va souvent de soi. Nous vivons dans une société et il semble qu'à ce titre, nous partageons des interprétations communes en matière de santé.

Or, face aux mouvements de population de plus en plus nombreux, face à la multi-culturalité, face à l'engouement que suscitent les cultures et les modes de pensées différents, ce présupposé d'une conception commune de la maladie et de la guérison est de plus en plus faux.

Ecoutez cette discussion entre un cardiologue ayant passé beaucoup de temps en Afrique et en Amérique du Sud, un ethnopsychiatre et une journaliste de santé, pour réaliser à quel point le fossé est grand entre les conceptions de la guérison dans le monde :


Partie 1 (RFI-Priorité Santé)


Partie 2 (RFI-Priorité Santé)


Regardez également cette expérience d'une journaliste devenue chamane en Mongolie pour avoir un aperçu du choc des cultures (Video "Guérir en Mongolie").

Il suffit d'observer le champ des thérapies pour constater à quel point l'offre s'est diversifiée au cours trente dernières années. Puisant dans les champs de la psychologie, de la psychanalyse, des pratiques religieuses, des médecines traditionnelles de diverses origines, de l'écologie, chacun y va de son invention et propose "sa" vérité.

Et les malades dans tout ça ?

Soyez positifs, mangez bio, méditez, relaxez-vous, lâchez-prise, jeûnez, faites-vous opérer, exprimez vos émotions, guérissez votre âme, devenez végétarien, gavez-vous de médicaments, priez, n'ayez pas peur… jusqu'au bien connu "la recherche avance, gardez l'espoir" (je vous jure, je l'ai entendue cette phrase !).

Pas peur ? Devant une telle avalanche de points de vue disparates ?

Alors bien sûr, à chacun de sentir ce qui est bon pour lui mais c'est une phrase facile à dire quand on se porte bien. Quand on fait face à la maladie, on est fragilisé, on a peur, souvent notre monde et nos certitudes s'effondrent. Sans compter le regard de l'entourage qui change… qui nous victimise, qui nous encourage ou qui nous culpabilise... La maladie, le handicap et la mort effraient la plupart d'entre nous, y compris certains médecins, et nous sommes souvent en réaction de défense face à ces phénomènes qui ne "devraient pas exister". Au lieu de simplement accueillir ce qui est. Au lieu d'écouter la personne malade et l'aider à amorcer son chemin de guérison.

Fort heureusement, de plus en plus de soignants s'ouvrent à l'écoute, à la compréhension du monde de leurs patients. Et les aident à donner du sens à l'épreuve qu'ils traversent. Je l'ai constaté en interviewant des médecins puis plus tard lors de mes études en psychologie au cours desquelles j'ai découvert l'ethnopsychiatrie dont le fondateur est Tobie Nathan, l'un des intervenants de la discussion que vous avez pu entendre ci-dessus.

Son enseignement a été une révélation pour moi… il s'est en effet aperçu, en traitant des patients de diverses origines, que les méthodes qu'il utilisait pour les soigner étaient bien souvent inefficaces. Au lieu de rendre ses patients responsables de l'échec, il s'est remis en cause et s'est plongé dans leur culture, suivant l'exemple de son mentor, Georges Devereux. Pour mettre au point des protocoles de soin adaptés selon les croyances de chacun.

Voir à ce sujet l'excellent film d'Arnaud Desplechin : "Jimmy P." pour mieux comprendre les origines de l'ethnopsychiatrie. Voici la bande annonce (le VOD est sorti récemment) :



Guérison : un Chemin personnel à Tracer ?

Donner du sens à une maladie qui nous affecte permet de reprendre le pouvoir sur notre guérison. Il ne s'agit pas ici de trouver une interprétation toute faite dans un livre ou d'adopter la manière de voir d'un médecin. Seul le malade peut donner du sens à sa maladie… c'est d'ailleurs ce processus de recherche de sens qui est libérateur. Il permet de s'orienter pleinement vers la guérison en intégrant "l'évènement étrange qu'est la maladie" dans son monde et dans son histoire.

Les chemins de guérison sont multiples, à l'image de la diversité humaine. Chacun peut tracer le sien… et grandir sur ce chemin. Evidemment, on se passerait bien d'une maladie mais quand elle est là… autant en tirer parti pour mieux se connaître et pour s'enrichir de rencontres et de découvertes. Et pour se réapproprier notre corps et notre santé.

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