Apprendre
des
Enfants

Des Bébés Altruistes ?

Un Bébé
  • 10 Juillet 2015
  • Sylvie Roche

Naît-on altruiste ou le devient-on "grâce" à notre éducation ?
Cette question est toujours débattue, souvent sous la forme “l'homme naît-il bon ou mauvais ?”. Chacun a sa petite idée à ce sujet, selon les philosophes ou les penseurs qu'il affectionne.
Durant des siècles, la pensée dominante a été que l'enfant était un sauvage qu'il fallait éduquer. Freud lui-même pensait que l'enfant est fondamentalement égoïste, inconscient des autres et de leurs besoins.

Des Questions plus Précises

Plusieurs études menées par des psychologues remettent cette vision en question. Notamment celle de Michael Tomasello et Felix Warneken (1).
Leur recherche porte plus particulièrement sur la tendance naturelle chez l'enfant de moins de 2 ans à aider son prochain. A cet âge, on ne peut pas encore parler de socialisation… les comportements produits peuvent donc être considérés comme innés.

La video ci-dessous illustrent les différents tests.

voir la video

Tests Altruisme Enfants

L'Altruisme chez les Jeunes Enfants

A noter : à plusieurs reprises, l'expression des enfants est surprenante… De notre point de vue adulte, il nous semble les entendre penser ainsi :
Ok, j'ai un abruti en face de moi qui ne sait pas ouvrir un placard ou empiler des blocs… restons gentils, souriants… après tout, chacun fait ce qu'il peut”.
Il n'est pas exclu que ce soit plus ou moins ce que l'enfant ressent d'ailleurs mais là n'est pas le propos… son comportement reste aidant !

Voici les questions que se sont posées les expérimentateurs.

Les enfants aident-ils sans nécessité ?

Ils ont comparé le comportement des enfants dans le cas où leur aide apportait vraiment quelque chose et dans le cas où elle n'était pas nécessaire pour comprendre pourquoi ils adoptaient spontanément un comportement aidant.
Il s'avère que si leur aide n'est pas nécessaire (l'adulte résolvant seul son problème), ils n'interviennent pas… Ils le font donc vraiment par souci d'aider l'autre à atteindre son objectif.

Les enfants ont-ils besoin d'un modèle d'action pour aider ?

Les chercheurs ont ensuite pensé que les enfants pouvaient aider simplement parce qu'ils avaient vu l'adulte réaliser son action sans avoir besoin d'aide auparavant, par mimétisme en quelques sortes. Ils ont donc testé également les enfants sans les avoir rencontrés préalablement et sans que l'enfant sache quel était le but de l'adulte.
Le résultat est le même : l'enfant devine non seulement le but de l'adulte sans qu'il parle mais il l'aide à réaliser ce qu'il souhaite (c'est le cas dans la séquence des pile de carrés bleus que vous avez vue dans la vidéo). A noter que l'enfant ne fait rien s'il est seul en présence d'une pile de carrés bleus mal rangés par exemple.

Leur aide est-elle "réfléchie" ?

Les chercheurs ont également testé la possibilité pour les enfants d'apporter de l'aide dans des situations qu'ils n'avaient jamais vécues. C'est la situation dans laquelle l'expérimentateur laisse tomber sa cuillère dans une boîte et que l'enfant ouvre le panneau extérieur pour la récupérer.
L'enfant a déjà utilisé la boîte et connait le mécanisme d'ouverture mais il ne l'a jamais fait dans ce contexte. Il aide seulement parce qu'il voit que l'expérimentateur souhaite récupérer sa cuillère et ne sait pas comment faire. Dans une situation contrôle où l'expérimentateur laisse tomber sa cuillère dans la boîte sans s'en préoccuper, l'enfant n'intervient pas. L'enfant aide donc intentionnellement et s'adapte au contexte.

L'enfant aide-t-il parce qu'il n'a rien d'autre à faire ?

Non… plusieurs situations montrent que lorsqu'il est occupé à jouer ou lorsque cela lui demande un effort pour aider parce qu'il a des obstacles à enjamber, il le fait quand même. Il est donc prêt à aider même si cela lui demande un effort

L'enfant aide-t-il même si l'adulte semble inconscient du problème ?

En tant qu'adultes, si nous voyons quelqu'un perdre son portefeuille et continuer son chemin… nous allons partir en courant pour le récupérer et le lui rapporter (ou pour s'enfuir avec et compter rapidement notre gain :-).
A partir de 2 ans, l'enfant est capable de comprendre la situation et d'aider même si l'adulte n'a pas remarqué que quelque chose ne va pas.

Qu'espèrent les enfants quand ils aident ?

Les expérimentateurs ont comparé deux situations : l'une dans laquelle les enfants reçoivent une récompense pour leur aide et l'autre dans laquelle ils ne reçoivent rien.
Récompense ou non, ils n'ont pas constaté de différence dans l'aide apportée. Ce qui est plus surprenant, c'est que la présence de récompense a fait baisse l'aide apportée dans les tests ultérieurs.

Une autre étude menée par Mark Lepper(2), psychologue de Stanford, a consisté à comparer des enfants dessinant spontanément et aimant cette activité : dans le 1° groupe, les enfants ne recevaient aucune récompense alors que dans le 2° groupe, ils en recevaient une. Ils ont ensuite continué à observer les enfants dans cette activité de dessin… et ont constaté que les enfants qui avaient été récompensés avaient tout d'un coup moins de motivation à poursuivre l'activité.

Est-ce à dire que les récompenses tuent la spontanéité voire l'envie ?

La coopération spontanée : un signe de socialisation précoce ?

Les expérimentateurs se sont tournés vers les chimpanzés pour répondre à cette question.
Les chimpanzés et les humains ont des ancêtres communs et partagent de nombreuses caractéristiques. On peut donc considérer que si seuls les humains présentent la capacité d'altruisme, alors c'est une caractéristique qui est intervenue tard dans l'évolution voire grâce à la socialisation. Au contraire, si on retrouve les mêmes comportements chez les chimpanzés, alors l'altruisme est un trait qui est apparu il y a fort longtemps chez les primates.
Or -on le voit dans la vidéo- les chimpanzés présentent les mêmes comportements que les jeunes enfants : ils apportent de l'aide spontanément. Ils le font également face à d'autres chimpanzés, hors de l'intervention des hommes (ce n'est donc pas une forme de dressage).

Une Qualité à Cultiver

L'altruisme semble donc un trait qui existe chez l'humain de manière innée, avant même que des normes sociales soient mises en place. D'autres expériences(3) ont révélé que les enfants, très jeunes, aiment donner, partager et que ça leur procure beaucoup de joie.

Si ce trait inné est vraiment de l'altruisme, et non un jeu pour l'enfant dans lequel il doit résoudre un problème et une occasion d'apprendre et d'exercer son intelligence, ce que ces chercheurs semblent omettre d'envisager, alors les enfants arrivent avec de sacrés trésors.

Il peut s'agir aussi d'une capacité naturelle à coopérer. Les jeunes enfants sont totalement dans le présent et dans ce qu'ils vivent. Les expériences précédentes pourraient tout simplement démontrer leur capacité à s'oublier pour vivre pleinement ce qui se présente et se couler dans l'énergie du moment.

Quoiqu'il en soit, il est crucial de cultiver et d'encourager ces capacités chez l'enfant au cours de son développement.
Pas aisé quand on place l'enfant dans un contexte de compétition, lequel va favoriser “l'exploitation” de ses capacités d'altruisme, de coopération spontanée et de dons… ce qui conduit inévitablement à fermer l'accès à ces tendances naturelles.
L'intérêt de la coopération semble de plus en plus évident à l'heure actuelle mais… on a encore du chemin à faire avant que nos traits les plus précieux soient respectés et valorisés comme ils devraient l'être dès l'enfance.

Il est pourtant bien légitime de se demander ce que serait notre société si nous considérions les enfants comme des êtres chargés d'offrandes qu'il nous suffit de décrypter pour retrouver ce qui est essentiel et profondément vivant en nous.

(1) Warneken, F. & Tomasello, M. (2006). Altruistic helping in human infants and young chimpanzees. Science, 311, 1301-1303.
(2) Undermining Children's Intrinsic Interest with Extrinsic Reward : A Test of the "Overjustification" Hypothesis
(3) Giving leads to happiness in young children

6 Commentaires
Postez le Votre

  1. Bonjour Sylvie Je prends beaucoup de plaisir à te lire et te souhaite plein courage Dans l'altruisme et dans d'autres vertus aussi les enfants ont beaucoup à nous apprendre. Juste une expérience: tendez une main pleine de bonbons à un enfant et demandez lui de se servir, vous serez édifié Cordialement

  2. Heu... calmos François... ton commentaire me fait rire et ton impétuosité aussi :-) Mais c'est l'usage sur internet... et c'est un peu normal aussi... nos sites font partie de notre personnalité donc rien d'anormal à ce qu'ils soient associés à notre nom. Et puis bon, chacun ses raisons... on n'a pas à juger ça. Tout doux... et merci à tous de poster des commentaires ! :-)

  3. Ah ah ah... trop fort ! Chuis mdr... les mecs ils viennent prôner l'altruisme et postent un commentaire pour faire leur pub ou la pub d'un gourou qui croit avoir inventé le "Un"... "Quoiqu'il en soit, il est crucial de cultiver et d'encourager ces capacités chez l'enfant au cours de son développement. Pas aisé quand on place l'enfant dans un contexte de compétition, lequel va favoriser “l'exploitation” de ses capacités d'altruisme, de coopération spontanée et de dons… ce qui conduit inévitablement à fermer l'accès à ces tendances naturelles." A méditer... Courage Sylvie ! :-)

  4. Salut Sylie, ma Très chère et belle cultivatrice de Bonheur. En fait, j'ai fait pratiquement le même constat chez mon fils âgé d'à peine 2 ans. Il a cette tendance à lire l'intention et à le réaliser sans que tu ne le lui demandes. La première fois, c'était avec mon téléphone qui était tombé. Alors que j’essayais de le récupérer étant un peu distant, il a très vite accouru et l'a ramassé pour me le donner. Sur le coup, je me suis dit que c'était parce qu'il m'avait vu faire. Mais la seconde fois c'était lorsque je suis monté sur une échelle avec des petit clous pour accrocher un portrait. le clou est tombé et lorsque je descendais les marches pour le ramasser, il est allé le récupérer et me la tendu avant même que je n'arrive au sol.(il ne m'avait encore jamais vu faire cela) C'est justement ce qui m'a amené aussi à me poser des question s et ton article répond à plusieurs de ces questions. "Nous naissons altruistes" et c'est peut-être la société qui nous transforme en égoïste. En clair, l'enfant dès le bas âge pense au bien d'autrui. (c'est mon point de vu bien sûr) la société peut soi renforcer ce caractère en posant d'avantage des actes de bienveillance, ou le tuer en le réprimant pour tous ce qu'il fait. Amicalement, Xavier du blog: http://loidelattraction-bonheur.com

  5. Bonjour Sylvie, Merci beaucoup pour ce article, c'est un grand plaisir vous lire a chaque fois. Moi je voudrais simplement dire qu'en lisant votre article, je me suis rendu compte que c'est une réalité. J'aime beaucoup les enfants surtout quand ils ont cet âge et j'ai eu à travailler avec eux. Ernest

  6. Bonjour Sylvie ! Merci pour cet article très inspirant ! Ce que je vois à travers ces différents exemples d'altruisme, c'est que l'aide innée d'un enfant de moins de 2 ans est inconditionnelle, ce qui rejoint pour moi la loi du don de l'univers. Et si l'aide devient conditionnelle (obtention d'une récompense par exemple), l'envie d'aider tend à baisser ! Ce que je suis en train de découvrir au cours de mon chemin de croissance personnel, c'est qu'à sa naissance, l'enfant est "connecté" naturellement à la source infinie de toutes choses, le UN comme l'appelle Jack M. Sword, source qui le guide dans ses actes au quotidien. Et qu'ensuite intervient le conditionnement du mental. En tant qu'adulte, je me dis donc que si je veux accélérer mon processus de reconnexion à la Source pour poser en permanence des actes "inspirés", il me suffit simplement d'observer les enfants "non conditionnés" et de m'inspirer d'eux dans mon comportement. Avec gratitude. Maxime